Mercredi 15 février, Camille Catala sera avec l'équipe de France féminine à Nîmes, dans le Gard, non loin de sa ville natale, pour affronter les Pays-Bas en match amical. L'occasion pour la sociétaire de l'AS Saint-Etienne de retrouver le groupe France avec peut-être au bout de ce rassemblement, une deuxième cape en Bleu. Arrivée sur le tard dans le monde du ballon rond, la Forézienne, qui suit des études de STAPS en parallèle de sa carrière, n'aspire pas forcément au monde professionnel et s'éclate à endosser les diverses casquettes que lui propose sa vie d'athlète de haut niveau, avant peut-être de goûter à la joie d'une participation aux Jeux Olympiques de Londres l'été prochain.
Football-mag.fr: Camille, vous êtes à nouveau convoquée en équipe de France à seulement 20 ans. A quel âge avez-vous débuté le football ?
Camille Catala: Je ne suis pas dans le modèle que l’on peut imaginer puisque je n’ai débuté le football qu’à l’âge de 15 ans. Auparavant, j’ai fait beaucoup d’athlétisme et de tennis pour finalement ne jouer avec le ballon rond que dans la cour de récréation. Et quand j’ai trouvé un club avec une section féminine à côté de chez moi, j’ai tenté l’aventure sport collectif et j’ai accroché tout de suite.
Aviez-vous du retard d’un point de vue footballistique par rapport aux autres ?
Non, on ne peut pas parler de retard. Grâce à l’athlétisme, j’avais quelques capacités physiques malgré tout et, concernant la technique, dans les cours de récréation, on apprend très vite. Tactiquement, étant donné que je suis arrivée dans une formation de DH, j’ai pu apprendre progressivement. Je n’irai pas jusqu’à dire que le pôle tactique est moins important en DH qu’en D1 mais cela m’a permis d’avoir un peu de temps.
Avez-vous immédiatement été positionnée à votre poste actuel, milieu de terrain offensif ?
Pas du tout, je jouais à la récupération. C’était un poste qui me convenait car, au début, je courais un peu partout donc ce poste de sentinelle me canalisait un peu au milieu de terrain. C’est ensuite, en équipe de France U17 et U19, puis à l’AS Saint-Etienne, que j’ai été plus portée vers l’avant.
Votre ascension est assez impressionnante, ne trouvez-vous pas ?
Non, pas spécialement. Chez les filles, il n’y a pas autant de concurrence que chez les garçons par rapport au nombre de pratiquantes. Il y a aussi moins d’étapes pour arriver à la D1 et puis j’avais le passif athlétisme qui parlait en ma faveur. Ensuite, j’ai toujours pris du plaisir et je me suis systématiquement éclaté, donc ça aide beaucoup.
"Je m'épanouis dans ce mode de vie"
Vous êtes originaire de la région montpelliéraine, où il existe une excellente équipe de D1, et vous jouez pourtant à Saint-Etienne. Pourquoi ?
Quand j’ai quitté mon premier club, je voulais passer mon baccalauréat scientifique et c’est l’AS Saint-Etienne qui m’a alors proposé la meilleure alternative pour cumuler la colocation, le football et les études. Aujourd’hui, je partage ma vie autour de ces trois axes. On s’entraîne le soir à 18h30, et le reste de la journée, c’est notre monde à nous, en dehors du foot. On nous parle souvent de fatigue mais je m’épanouis pleinement dans ce mode de vie. J’ai trouvé un équilibre qui me convient bien entre les études et le football. Je pense que si je ne faisais que du foot, il me manquerait quelque chose, et inversement. C’est un mode de vie où je m’éclate et je n’ai pas envie de m’arrêter.
Cela nécessite-il des sacrifices ?
Non, on ne peut pas parler de sacrifices puisque ce sont des choix. Je ne me sacrifie pas, à la limite, je fais des concessions. Si j’ai la chance d’être appelée de plus en plus souvent au niveau international, ce ne sera que du bonheur par rapport au foot, et il faudra juste que je fasse la part des choses pour parvenir à me retrouver moi-même dans une vie privée.
Et si l’on vous proposait de passer professionnelle ?
Je n’aspire pas à entrer dans le monde professionnel. Ce n’est pas une fin en soi ni même un objectif. Je suis très bien à Saint-Etienne, dans une structure et un encadrement qui me plaisent et, étant donné que nous ne sommes pas professionnelles et que seul l’Olympique Lyonnais propose cette situation contractuelle actuellement, je ne pense pas que le problème se posera à moi.
Quoi qu’il en soit, votre niveau de performance semble être à la hauteur puisque vous venez d’être rappelée en équipe de France…
Oui, j’étais entrée en cours de jeu contre Israël pour ma première sélection. C’était une immense joie, j’ai passé dix jours formidables avec un groupe qui m’a beaucoup appris et apporté. J’avais envie d’y retourner et cette chance m’est offerte pour affronter les Pays-Bas, à Nîmes. Je veux savourer et m’enrichir et puis on verra bien par la suite.
"Je crois en l'avenir du football féminin"
Et les Jeux Olympiques l’été prochain ?
Non, je ne me projette pas sur les JO. Mais attention, les Jeux Olympiques, c’est THE événement mondial. J’ai envie d’y aller et je vais essayer de gagner ma place en équipe de France pour faire partie de l’aventure. Mais la route est encore longue, le groupe sort d’une formidable Coupe du monde en Allemagne l’été dernier, les filles vivent super bien ensemble, … Regardez Léa Rubio, elle aussi fait partie de la jeune génération tricolore et elle vient de se blesser aux ligaments d’un genou.
N’est-ce pas compliqué pour les jeunes Bleues que vous êtes d’intégrer ce groupe qui bouge somme toute assez peu ?
Non, pas du tout. J’ai découvert des filles très simples, généreuses, souriantes, accueillantes. Et puis je suis arrivée en même temps que Kelly Gadea, que j’avais côtoyée en équipe de France chez les jeunes, c’était donc une chance. Par ailleurs, elle aussi a été rappelée pour affronter les Pays-Bas.
La Coupe du monde réalisée par les Françaises en Allemagne a propulsé votre discipline sur le devant de la scène, croyez-vous que ce soit finalement un simple phénomène de mode ?
Non, je crois en l’avenir du football féminin. L’effet Coupe du monde, on ne peut pas le nier, mais je crois que nous avons trouvé notre public. Forcément, un bon résultat aux Jeux Olympiques accentuerait un peu plus cela mais la FFF met des choses en place pour promouvoir le football féminin. Gaëthane Thiney a été nommée à la DTN pour promouvoir notre discipline en milieu scolaire notamment. Ce poste lui convient parfaitement et elle va peut-être faire bouger les choses car, ce qui manque principalement pour les toutes jeunes filles, ce sont des structures pour les accueillir dès leur plus jeune âge.
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