Publié par Alban Lagoutte le 15 février 2012 à 07h55

Martini: "Avoir une certaine légitimité" (2/2)

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Même pour l'ancien international qu'est Bruno Martini, dénicher des jeunes portiers plein d'avenir est compliqué. (Reuters)

Martini: "Avoir une certaine légitimité" (2/2)

Ancienne gloire du football hexagonal au poste de gardien de but, Bruno Martini avait intégré la FFF dès l’annonce de sa retraite sportive et devait alors mettre en place un projet consistant à former des préparateurs de gardiens de but pour le monde professionnel. Et depuis 2003, date de la première session de ce diplôme spécifique, l’ancien international passé par Nancy, Auxerre et Montpellier, s’attèle à cette tâche avec motivation et soin. Il revient, pour Football-mag.fr, en deux volets, sur cette aventure de longue haleine.

Football-mag.fr: Il apparaît nécessaire, pour être candidat à ce diplôme spécifique, de bien connaître le rôle de gardien de but dans ce cas…

Brnuo Martini: Cela me semble nécessaire. Pour postuler à ce diplôme, il y a des préalables requis qui me semblent nécessaires qui ont été fixés de concert avec les précédents DTN. Pour entraîner un gardien de but, il faut connaître la sensibilité propre à ce poste, et cela permet d’avoir aussi une certaine légitimité. Ceux qui ont le BE1 (Brevet d’état 1er degré) doivent présenter un très haut niveau de joueur, donc cinq saisons consécutives sous licence professionnelle, alors que ceux qui ont le DEF doivent avoir joué au moins trois saisons en CFA2 minimum. Face aux erreurs ponctuelles des gardiens de but, qui se payent souvent cash et se voient, c’est mieux d’avoir du vécu aussi, d’avoir connu cela par le passé pour savoir quoi dire à son joueur.

"Cette part entre l'acquis et l'inné"

Et comment se déroule la formation destinée à ce rôle de préparateur ?

La formation est relativement courte puisque répartie sur trois sessions de trois jours, soit neuf jours sur l’année, avec un examen sur trois jours à la fin des enseignements, avec écrit le matin du premier jour et écrit l’après-midi du dernier jour. Mais si vous comparez avec la formation pour le DEF spécifique (Diplôme d’entraîneur français), qui est une formation sur dix jours plus quatre jours d’examens pour entraîner une équipe entière, alors nos neuf jours pour un seul poste me semblent riches. En plus de cela, les candidats doivent suivre des stages de mise en situation dans des structures professionnelles. Il faut qu’ils se rendent compte de ce qu’est vraiment le métier. A l’heure actuelle, j’ai déjà 97 personnes qui sont déjà passées entre mes mains en 9 ans, avec un gros taux de réussite (88 reçus) étant donné que nous sommes très sélectifs sur les critères de postulat. En termes de contenu, pendant la formation, il y a beaucoup de terrain et un peu d’exposés théoriques (lois du jeu, sécurité, pathologies, bases physiologiques, aspects techniques et tactiques, analyses de match sur vidéo, comment recruter un gardien de but, programmation par années d’âge, construction d’une séance, facteurs liés à la performance, étirements du haut du corps). Pour les stages de mise en situation, on demande aux candidats de prendre part à 40 séances et de rédiger par la suite un rapport d’activités.

Cette formation spécifique que vous avez mise en place permet-elle d’améliorer encore le niveau des gardiens de but français ?

Pas forcément... On est sur une constante depuis plusieurs années et nous avons atteint un niveau à ce poste qui permet de ne pas souffrir de la comparaison avec d’autres pays étrangers. Les formateurs ne font pas tout, c’est aussi et surtout le talent de l’individu qui fait la différence. Même si je suis le meilleur entraîneur de gardiens de but du monde et que je fais travailler un gardien pendant dix ans, s’il n’a pas des qualités naturelles, des dons, je n’arriverai à rien. On peut accompagner un talent, le façonner un peu, mais pas le construire complètement. Il y a cette part entre l’acquis et l’inné qu’on ne peut pas nier et les formateurs ne font que développer des habiletés propres à chacun.

Au gré des années, est-ce désormais plus simple de repérer des jeunes portiers plein d’avenir ?

Déceler un jeune talent, c’est très délicat. Pourquoi ? Car le poste de gardien est un poste qui ne propose que des réponses à des situations. Un attaquant ou tout autre joueur de champs est dans la création d’une situation, c’est différent. Le joueur passe, tire, accélère, ralentit, c’est lui qui fait le jeu, le gardien de but ne peut que trouver des solutions pour faire face. On peut sentir déjà des enfants qui se placent bien, qui savent sortir vers le ballon, … Mais comment juger un gardien de but s’il n’est pas sollicité dans un match ? S’il joue dans une excellente équipe, est-il bon pour autant ? On peut repérer un enfant qui présente des dispositions au poste de gardien de but dès 13 ans, mais sans grande garantie. Maintenant, peut-on faire différemment ? Existe-t-il une meilleure option ? Quand j’avais 15 ou 16 ans, certaines personnes que j’ai pu côtoyer ne m’imaginaient pas passer professionnel. Mais je ne leur en veux pas du tout, c’est normal… On peut aussi rater des enfants talentueux qui mûrissent sur le tard, qui ont besoin de rester un peu dans les petits clubs avant d’intégrer un centre de formation professionnel, et c’est pour cette raison que la DTN organise plusieurs journées de détection au gré des catégories.

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