Ancienne gloire du football hexagonal au poste de gardien de but, Bruno Martini avait intégré la FFF dès l’annonce de sa retraite sportive et devait alors mettre en place un projet consistant à former des préparateurs de gardiens de but pour le monde professionnel. Et depuis 2003, date de la première session de ce diplôme spécifique, l’ancien international passé par Nancy, Auxerre et Montpellier, s’attèle à cette tâche avec motivation et soin. Pour Football-mag.fr, il revient, en deux volets, sur cette aventure de longue haleine.
Football-mag.fr: Bruno Martini, pouvez-vous nous faire un petit historique de la mise en place de ce diplôme d’entraîneur des gardiens de but au sein de la FFF ?
Bruno Martini: C'est une création qui a vu le jour en 2003. Je suis arrivé à la FFF avec deux grands axes de travail, quand on m’a recruté en 1999 : m’occuper des gardiens de but de l’équipe de France A et mettre en place une formation d’entraîneur des gardiens destiné au haut niveau. Avant mon arrivée, c’était dans l’air du temps. Aimé Jacquet, alors DTN, avait songé à me recruter une année plus tôt, alors que je jouais encore à Montpellier, et il m’avait demandé de réfléchir à ce projet. L’idée était bien nette. Dès 1999, j’ai commencé à creuser la question, mais il n’y avait rien d’existant, c’était vide.
Pendant votre carrière de joueur, aviez-vous ressenti ce vide ?
Non, j’ai bénéficié d’entraînements spécifiques dès ma deuxième saison chez les professionnels, à Nancy, sous la direction d’Arsène Wenger. De temps en temps, j’avais des séances qui m’étaient propres, et on parle là de la saison 1984-85. Auparavant, cela n’existait pas beaucoup… Le précurseur en la matière, c’est Ivan Curkovic. Lorsqu’il était à Saint-Etienne, à la grande époque des Verts, il avait demandé à son entraîneur, Robert Herbin, ces séances spécifiques. Mais c’est lui qui s’y collait si je ne me trompe pas. L’origine des entraînements spécifiques des gardiens de but viendrait donc de l’Europe de l’Est, avec la Yougoslavie et l’URSS notamment. La légende voudrait qu’ils avaient déjà des écoles de gardiens de but… Je ne sais pas si c’était vrai, il faudrait vérifier et creuser. Mais il semble que ces pays avaient un peu d’avance en la matière.
"Un gardien de but se construit dans sa faculté à lire le jeu"
Pourquoi est-ce tellement nécessaire d’avoir des préparateurs spécifiques pour les gardiens de but ?
Il y a des particularités à ce poste. Déjà, le gardien est le seul à pouvoir utiliser ses mains. Ces particularités signifient donc un travail spécifique et individualisé mais pour autant il ne faut pas abandonner le travail collectif. Je vais vous prendre un exemple tout simple. Vous allez devant Beaubourg à Paris, où il y a souvent des joueurs de footbag. Ces gars-le ne perdent jamais le ballon… Transposez-les sur un terrain maintenant. Seront-ils capables de lire, le jeu, d’anticiper un déplacement, de voir l’appel en profondeur du coéquipier, … ? C’est-à-dire qu’il ne faut pas confondre la technique avec le savoir-jouer. Avant tout, un gardien de but de construit dans sa faculté à lire le jeu. Il faut prendre les informations, faire le tri parmi ces informations pour ne prendre que la plus importante, sélectionner une réponse puis réaliser un mouvement. Ce sont quatre axes : perception, décision, exécution puis la phase de contrôle. Ai-je pris la bonne information, ai-je bien réalisé mon intervention, vais-je pouvoir reproduire mon geste à l’avenir ? Et tout cela se fait à une vitesse…
Que doivent donc apprendre à transmettre vos candidats aux portiers qu’ils entraîneront par la suite ?
Ce qu’il est important de transmettre, c’est que le gardien de but doit avoir une faculté à décoder et lire le jeu. Et lorsque votre gardien est imprégné de cela, qu’il comprend le jeu, alors la technique peut être travaillée. Mais ces situations, on ne peut pas les travailler en tête à tête. Il faut des adversaires, des partenaires ; il ne faut pas décontextualiser l’entraînement. L’entraînement spécifique, c’est souvent résoudre un problème technique, répéter une gestuelle, puisque le préparateur envoie le ballon à un endroit précis, là où le gardien de but sait déjà où aller le chercher. Le gardien de but se construit avec sa propre expérience mais aussi avec celle des autres, avec des images de référence, qui sont souvent les meilleures du moment. Jusqu’à maintenant, on n’a guère trouvé mieux que d’immerger le gardien dans des situations de jeu. Par exemple, il y a un ballon dans les pieds adverses au milieu du terrain et un appel de l’attaquant dans la profondeur. Que faire ? Il faut analyser la course du joueur qui fait l’appel et se placer en conséquence pour essayer de grappiller quelques mètres en cas de sortie, mais aussi faire attention à pouvoir revenir s’il y a tentative de lob. Il y a une multitude d’informations à gérer en l’espace d’une ou deux secondes, c’est énorme ! Un joueur qui déborde sur un côté. Est-il pressé, peut-il frapper au but, est-il proche, ou loin ? Dans la surface, que trouve-t-on comme receveur ? Au premier poteau, au deuxième ? Attention à ne pas trop anticiper sur le deuxième poteau pour ne pas prendre une frappe au premier… Tout est possible. Et ça, les gens doivent le vivre pour l’appréhender et le gérer.
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