Publié par Loïc Moreau le 18 juillet 2011 à 15h41

Riolacci: "En Corse, on se serre les coudes"

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Jacques Riolacci savoure la réussite du football corse mais reste prudent pour l'avenir. (Maxppp) 

Riolacci: "En Corse, on se serre les coudes"

Jacques Riolacci est un homme heureux. La saison passée, le président de la Ligue de Corse a vu monter l'AC Ajaccio en Ligue 1, le SC Bastia en Ligue 2, le Gazélec d'Ajaccio en National et FC Aregno Calvi en CFA. Un CFA où évolue aussi le CA Bastia. Après plusieurs années de disette, le football corse est de retour au premier plan. Les explications de Jacques Riolacci.

Football-mag.fr: Président, comment expliquez-vous l'excellente forme de tous les clubs corses la saison passée ?Jacques Riolacci: Ce n'était pas du tout attendu. Loin s'en faut. Ajaccio avait une équipe moyenne en qualité et en quantité. Bastia avait eu de sévères injonctions financières qui ne lui avaient pas permis de recruter les joueurs escomptés. Et le Gazélec d'Ajaccio n'avait pas fait un recrutement extraordinaire. Ce sont de bonnes surprises, qui témoignent, si besoin était, de l'engouement des Corses pour leur football. Ce qui a peut-être fait la décision en fin de championnat, c'est le soutien indéfectible du public, multiplié par deux par rapport au début de la saison. Et une osmose entre les entraîneurs respectifs, qui sont tous des meneurs d’hommes. Je n'oublie pas Calvi, à un degré moindre, en CFA2. Ce ne sont peut-être pas tous des techniciens encore confirmés, mais ce sont des meneurs qui ont su faire bloc avec leur effectif. Frédéric Hantz à Bastia, Olivier Pantaloni à Ajaccio, Dominique Veilex au Gazélec et Didier Santini à Calvi. Des hommes qui connaissent les valeurs du foot. Ce n'est pas toujours facile pour des entraîneurs, surtout continentaux, de s'imposer ici. Mais ils ont su se faire adopter mais aussi insuffler une dynamique. Je pense en particulier à Hantz à Bastia. Même Casoni (coach du club de 2005 à 2009, ndlr) au plus haut de sa splendeur n'avait pas réussi à créer une telle osmose entre l'effectif, les dirigeants et les supporters.

Faut-il donc avoir un profil particulier en tant que technicien pour réussir en Corse ?
Oui. C'est plus difficile qu'ailleurs. Beaucoup d'entraîneurs se sont cassés les dents. Il y a une certaine pression. Mais ils ont sans doute été trop gentils et coulants au départ, n'exigeant jamais beaucoup de leurs équipes. Philippe Anziani (coach assistant de Bastia entre 2006 et 2009 puis coach principal en 2009, ndlr) est un coach de qualité mais n'a pas réussi chez lui car il n'a pas cette "grinta", cette hargne. C'est un joueur qui a été posé et, comme entraîneur, il n'a pas trouvé cette chose supplémentaire.

Vous avez l'air séduit par la personnalité de Frédéric Hantz...
Frédéric Hantz a toujours eu un langage de vérité. Même quand Bastia était sur le point de descendre en CFA (au début de la saison 2010-2011, ndlr), il n'a jamais dit qu'il ne pourrait pas rester. Il a toujours fait comme si son engagement au club n'aurait pas à souffrir de ces problèmes d'intendance. Ça a été très apprécié car cela prouvait son envie d'entraîner ici. Les choses ont ensuite bien tourné. Car je ne crois pas qu'il serait resté. Mais c'est assez rare.

"Le football corse en sort grandi"

Quelle est selon vous la différence entre les clubs corses d'aujourd'hui et ceux qui avaient souffert il y a quelques années ?
Il y a eu une capacité de réagir à l'extérieur. Ces clubs n'ont pas perdu les matches importants qu'ils ne devaient surtout pas perdre. A Ajaccio, Pantaloni a mis quelque chose en place qui faisait que, sur les matches à l'extérieur, on a vu des équipes organisées. Quelques trentenaires, comme David Suarez à Bastia, avaient des revanches à prendre et les ont prises. C'est aussi l'entraîneur qui a réussi dans cette recherche.

Le football corse est souvent pointé du doigt dès qu'il s'agit de ses infrastructures. Cela va-t-il évoluer ?
Oui. Il y a un aboutissement. Au niveau de la contenance, il y aura plus de 10 000 spectateurs à Bastia. Mais à part deux ou trois matches, les stades ne feront pas toujours le plein. Ni à Bastia, ni à Ajaccio. Le bassin de vie n'est pas extensible car il y a la mer. On est limité et ce serait ridicule de faire des enceintes de 20 000 spectateurs jamais remplies. Au point de vue sécurité, les dirigeants des clubs s'efforcent de tout mettre en conformité. Il va y avoir des commissions de sécurité et je ne pense qu'il y aura de difficultés majeures.

Avec un club corse dans chaque division, pensez-vous que cela pourrait faire "virer de bord" certains supporters ou accentuer les rivalités ?
Les supporters ont déjà leur spécificité. A Ajaccio, il y a deux équipes (ACA et Gazélec, ndlr) plus ou moins rivales. Les publics ne sont pas les mêmes. Très peu de supporters vont de l'un à l'autre. C'est une situation qui est sans équivalent en France. Quand ça ne va pas, il y a 400 personnes au stade. Quand ça va bien, peut-être 1500. A Bastia, il y a un potentiel de supporters. Les habitants de Bastia sont minoritaires dans les supporters du Sporting. Ce sont des gens qui viennent de loin, parfois d'Ajaccio. Le CA (Cercle athlétique bastiais, en CFA, ndlr) n'est pas encore au niveau, mais joue la carte identitaire. Il a failli monté (en National après une troisième place dans le groupe A du CFA, ndlr). Calvi a fait de gros efforts pour se structurer. Il y a quatre ans, c'était encore un club de village. Maintenant, ils ont des catégories de jeunes et commencent à avoir un public, des sponsors. Il incarne l'avenir avec Didier Santini, qui a cette manière de faire qui lui a permis de se faire adopter par tout le club. En Corse, quand le club va moins bien, on se serre les coudes, au contraire de certains clubs continentaux.

Craignez-vous de vivre un exercice 2011-2012 plus difficile que le précédent ?
Au niveau amateur, on a les mêmes problèmes que les autres, notamment les problèmes financiers qui perdurent. On pourrait craindre que la manne qui va se déverser sur les clubs phares va faire défaut aux clubs moins importants. La Ligue est soucieuse car beaucoup de clubs s'endettent. Mes collègues du continent ont des interrogations. Sur le plan disciplinaire, les clubs corses se sont globalement bien comportés. Le football corse en sort grandi.

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