Réputée, entre autres, pour sa précision ou son environnement bancaire des plus favorables, la Suisse ne peut pas chanter autant de louanges à propos de son football. Le championnat helvétique a subi quelques remous importants ces dernières semaines, notamment Neuchâtel Xamax et son propriétaire, Bulat Chagaev.
"Monsieur Chagaev est, hélas, dépendant de la nicotine et on l’a privé de cigarette, alors qu’on a le droit de fumer en prison." La défense de l’ex-président de Neuchâtel Xamax ne se résume pas à ses conditions d’incarcération mais par ces propos, Maître Jacques Barillon a tenu à témoigner du traitement, qu’il juge injuste, réservé à son client. Bulat Chagaev est-il vraiment devenu une des cibles de la justice suisse ? Oui si l’on se laisse convaincre par les arguments de Barillon, parfaitement cintré dans son costume d’avocat. "Monsieur Chagaev a estimé qu’il ne bénéficiait pas des droits élémentaires de la défense, comme en témoignent des perquisitions et des saisies à son domicile ou ailleurs, en flagrante violation des droits, faites sans avocat…", déclarait-il, devant les caméras de la TSR, avant de lâcher: "Il n’a plus confiance en la justice." On imagine son désarroi...
Le fait que sa détention en prison a été prolongée jusqu’au 27 février, à la demande du Ministère public, donne toutefois une toute autre version que le supposé acharnement à l’encontre de l’homme d’affaires russe, d’origine tchétchène. Ce dernier, âgé de 51 ans, est tout simplement derrière les barreaux pour "gestion déloyale", arrêté le 26 janvier, quelques heures après la faillite prononcée de Neuchâtel. La conséquence du non versement des charges sociales et autres salaires. L’histoire de Xamax, double champion de Suisse (1987 et 1988) et quart de finaliste de la Coupe UEFA (1982 et 1986), s’écrit alors comme celle de sa période la plus sombre. Chagaev, selon les documents reçus par la Ligue suisse, aurait procuré des faux comme ce certificat bancaire (Bank of America) attestant la possession de quelques 25 millions d’euros. Une affaire qui vient plomber un peu plus l’image du championnat après les 36 points retirés cette saison au FC Sion de Laurent Roussey, coupable d’avoir aligné des joueurs non qualifiés).
Grève de la faim
Et l’exemple d’un club de foot helvétique mis à mal par un investisseur étranger n’est pas nouveau. Le Servette de Genève et Marc Roger avaient alimenté les chroniques juridico-sportives il n’y a pas si longtemps. Invité sur le plateau d’"Infrarouge" (précisément en duplex de Marseille), sur la TSR 1 (Télévision suisse romande) le 31 janvier dernier, l’ex-agent de joueurs (à vérifier) ne cache pas une forme de solidarité avec Chagaev - "Je regrette qu’un étranger se retrouve encore en prison – avant de confirmer que Bulat Chagaev avait envisagé en février 2004 d’acheter le Servette de Genève, alors présidé par Roger. "Cela faisait 10 jours que j’avais repris le club, donc nous n’étions pas vendeurs." Le businessman russe a fini par jeter son dévolu sur Xamax, acheté en mai 2011 pour un million d’euros à Sylvio Bernasconi (ne pas confondre avec le patron du Milan), un des axes principaux en faveur de l’accusé.
L’avocat de Chagaev affirme que l’acheteur a réglé la vente en moins de 24 heures parce que son club était bien endetté. Ce qu’a réfuté l’entrepreneur neuchâtelois. Pour lui, le club de la Maladière ne se trouvait pas en faillite. Qui croire ? La justice n’a pas encore défini les responsabilités de chacuns et Bulat Chagaev poursuit une grève de la faim entamée le 26 janvier. Ce qui ne devrait pas influer sur le résultat final. Bulat Chagaev aura match perdu.
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